Le Chevalier Ecarlate
Prologue
Le fracas des armes avait laissé les oreilles des spectateurs bourdonnantes. Voilà trois jours que cet étrange chevalier rouge avait surgit de la forêt pour défier les meilleurs combattants du camp d’entraînement du Roi ; trois jours qu’il les écrasait impitoyablement, sa taille modeste plus que largement compensée par sa souplesse et sa vivacité. D’heure en heure, et de victoire en victoire, le curieux chevalier écarlate semblait s’impatienter de ne trouver aucun adversaire à sa hauteur. Les vassaux du Roi, au début hilares devant ce défi improvisé, avaient appris à leurs dépends qu’il n’y avait là rien de drôle.
Le bruit commençait à courir que l’étrange teinte de son armure était dûe au sang provenant de ses nombreuses victimes. Cependant, chaque homme qui avait essayé de s’approcher pour en avoir le cœur net s’était retrouvé les quatre fers en l’air, mordant la poussière sans n’avoir rien pu apercevoir.
Le chevalier rouge n’avait jusqu’ici tué personne, ni sérieusement blessé d’ailleurs, si ce n’est l’orgueil des braves, bien sûr. Voilà les preux, les valeureux guerriers du Roi, défiés par un inconnu, et vaincus. Un tel déshonneur ne prêtait pas à rire.
Et voici que leur redoutable adversaire s’agitait, s’impatientant de ne voir personne entrer dans l’aire d’entraînement pour relever son défi. Devant les signes de fureur de plus en plus évidents qu’il laissait transparaître, une voix timide s’éleva :
« C’est que, Seigneur, il ne reste plus personne…
- Comment ça plus personne ?
- Eh bien, euh… Vous avez défié et vaincu tout le monde, sire. Presque tous les braves sont à l’infirmerie, et ceux qui en sont sortis sont terrassés par une migraine infernale, à cause de votre botte spéciale, là… Celle qui enfonce le heaume dans l’armure… »
Le chevalier rouge se figea alors, et contempla les alentours. Le camp d’entraînement était effectivement presque vide, et les seuls hommes visibles se traînaient lamentablement sur le sol. Son dernier adversaire n’avait même pas encore réussi à se lever, il rampait sur le sable pour mettre le plus de distance possible entre sa petite personne et le démon rouge qui l’avait terrassé.
Dans un soudain accès de rage, le guerrier écarlate fit tournoyer son épée et la planta dans une souche d’arbre. D’un geste ample, il enfourcha son immense destrier noir, et volta pour faire face au reste du campement.
« Preux ! (Le terme avait une connotation indéniablement méprisante dans sa bouche.) Je reviendrais demain. Faites-en sorte qu’il y ai alors des adversaires à ma hauteur, ou il vous en coûtera ! »
D’un bond, il franchit la barrière qui séparait le camp de la forêt. En l’espace de quelques foulées, il avait disparu entre les arbres.
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